Ces Namurois·es qui cartonnent

Vous connaissez Benoît Poelvoorde, Nafissatou Thiam, Cécile De France. Ce sont des Stars avec un grand S, de ceux qu’on cite en exemple pour parler de notre ville.  Vous avez entendu parler, c’est sûr, de l’économiste François Maniquet, de la diva Lolly Wish, de la journaliste Florence Hainaut, de l’écrivaine Hedwige Jeanmart, de l’humoriste Gui Home et de l’incontournable Gilles Bazelaire et sa nichée de talents. Mais connaissez-vous Mike Meys, Boris Hespeels et Karine Van Doninck, Valentin Norberg, Xavier Georges ou Glauque ? Vivant ou travaillant à Namur, elles et eux aussi cartonnent.  Présentations.


 

Boris Hespeels, 34 ans, Docteur en biologie, et Karine Van Doninck, 43 ans, Professeure à l’Unamur : les chercheurs qui envoient des animaux dans l’espace

Quel est votre domaine d’expertise ?

 

Karine : La biologie évolutive. Je m’intéresse particulièrement à l’évolution du monde animal et les facteurs qui contribuent aux variations génétiques et à l’adaptation du monde vivant. Dans mon équipe de recherche LEGE (Laboratoire de Ecologie et Génétique Evolutive) nous aimons étudier des organismes non-modèles ayant des particularités extraordinaires, comme les rotifères bdelloides.

 

Boris : Je travaille depuis 10 ans sur les rotifères bdelloides. Je me suis spécialisé dans la détection des dommages de l’ADN et la caractérisation des résistances extrêmes de ces organismes comme l’exposition, aux rayons X, le vide absolu, … Aujourd’hui, je coordonne un projet à l’interface entre le monde de la recherche, l’agence spatiale européenne (ESA) et du monde de l’industrie. Je contribue ainsi à la mise en place d’expériences à bord de la station spatiale internationale (ISS).

 

 Karine : Nous étudions également des mollusques invasifs qui se reproduisent par androgenèse (seuls les chromosomes paternels venant du gamète mâle contribuent à l’hérédité nucléaire du descendant, sans apport d’hérédité nucléaire maternelle). Nous essayons également de mieux comprendre l’extrême résistance de l’amibe, un unicellulaire omniprésent dans la nature.

Comment se retrouve-t-on impliqués dans un projet spatial ? Un beau matin, la Nasa vous a téléphoné ?

 

Boris : En 2016, la NASA et l’ESA lancent un appel pour développer de nouvelles expériences à bord de la station spatiale internationale.

 

Karine : Nous étions convaincu (et le sommes toujours) que les rotifères bdelloïdes sont un modèle biologique parfait pour la recherche spatiale.

Boris : Sur base des résultats de ma thèse et des données collectées par le laboratoire, j’élabore plusieurs expériences à évaluer dans cet environnement si particulier. Sur des centaines de projets internationaux, ce projet est sélectionné dans le top 5. Aujourd’hui, notre petite équipe est déjà prête à lancer notre première expérience.

C’est un petit miracle d’avoir réussi à réaliser ces projets de pointes en un temps si court. Croisons maintenant les doigts pour que tout puisse continuer ainsi et que les échantillons de retour de l’espace pourront nous surprendre.

De quoi êtes-vous la plus fière, Karine ?

Karine :  D’avoir obtenu 2 bourses prestigieuses (Hoover Foundation Brussels et Honorary Research scholar Fulbright) pour faire un post-doctorat à Harvard University aux USA, et par la suite d’autres bourses de recherche fondamentale (MIS FNRS et surtout l’ERC CoG) ; de ma nomination comme Professeur à l’UNamur à l’âge de 30 ans, et d’être la maman d’une fille étonnante, Elisa, qui me surprend tous les jours et me fait évoluer !

Namur, pour vous, c’est …

Boris : J’ai la chance de vivre à proximité immédiate du centre de Namur. Cette proximité offre une incroyable qualité de vie. Un petit marché le samedi matin, de plus en plus de petits commerces circuits courts, c’est un atout pour essayer de vivre autrement et à un autre rythme à pied ou à vélo. La verdure manque encore un peu et je dois m’évader un peu trop loin pour retrouver une nature préservée. Dommage parfois que le symbole de Namur soit l’escargot, en tant que scientifiques/parents/travailleurs , nous découvrons/entendons chaque jours autour de nous que nous n’avons plus le temps…

Karine : C’est mon lieu de travail, une petite ville paisible dans laquelle je retrouve le calme pour écrire mes projets scientifiques et articles. Mon bureau est d’ailleurs très beau, très calme.

Les rotifères bdelloides ?

On les trouve tout autour de nous, principalement dans les mousses et les lichens. Composées uniquement de femelles, ces animaux, parmi les plus petits de la terre, constituent un scandale de l’évolution pour la communauté scientifique en évoluant sans mâle depuis des millions d’années. De plus, elles sont capables de se dessécher totalement à n’importe quel stade de leur vie et de se réactiver lors de leur réhydratation. Elles constituent donc des modèles d’intérêts pour mieux comprendre l’évolution, la réparation de l’ADN et la survie dans les milieux extrêmes.

Karine Van Doninck a reçu de l’Académie Royale de Belgique le prix « Adolphe Wetrems en Sciences naturelles ». Elle est parmi les 25 Belges les plus influents selon le CharlieMag, et a été invitée au Palais Royal en mars dernier à l’occasion de la Journée internationale des Droits de la Femme.

 

Boris Hespeels a reçu le prix Vocation permettant le soutien à un projet de vie.

 

 Leur projet a reçu le soutien du FNRS et du fonds Wernaers pour financer le développement d’un film d’animation sur leur thématique de travail, afin de créer des ponts entre la science et le monde artistique.

Xavier Georges, le concepteur du jeu Troyes

Photo : Christophe Hennuy

Xavier Georges, concepteur de jeux, vit et travaille à Namur depuis 2003

Quel est votre domaine d’expertise ?

La création de jeux de société. Plus précisément, des jeux de stratégie, pour un public à partir de 12 ans environ. Ce sont des jeux qui s’adressent à des amateurs avertis, dans la mesure où ils demandent un certain investissement en temps.

Comment travaillez-vous ?

Il ne s’agit pas réellement d’un travail. Je veux que cette activité reste un hobby, sans subir la pression de devoir « vendre » mes idées à tout prix. Je pars d’un thème, ou d’une idée de mécanisme ludique que j’ai envie d’explorer. J’y pense, je prends des notes, et lorsque je me sens prêt, je réalise un premier prototype de jeu, parfois très sommaire. J’essaye d’abord tout seul. Si l’idée fonctionne, je poursuis le développement d’un prototype plus présentable, pour pouvoir y jouer avec des amis. C’est le moment de vérité. Le plus souvent, je suis surpris par ce qui marche … et ce qui ne marche pas. Si le jeu me plait, je poursuis son développement en passant à la version suivante. C’est un processus itératif fait d’allers et retours entre séances de jeu et évolutions du jeu. A un moment, soit j’abandonne parce que je tourne en rond, soit le prototype se stabilise. Dans ce cas, si je le juge suffisamment bon, je le présente à un éditeur.

Quels sont vos plus beaux succès ?

Sans conteste, Troyes, un jeu créé avec deux autres auteurs : Alain Orban (de la région liégeoise) et Sébastien Dujardin (qui est tournaisien d’origine) et sa maison d’édition Pearl Games. Le jeu dont je suis le plus fier, c’est Carson City, édité par Quined Games, une maison d’édition hollandaise. C’est le jeu qui m’a demandé le plus de travail, de patience et de détermination, à un moment où je n’étais encore qu’un illustre inconnu.

Avez-vous reçu d’éventuelles récompenses ?

Oui, quelques-uns comme le jeu de l’année au Portugal, une troisième place au « Deutscher SpielePreis » en 2011, qui est un des prix les plus prestigieux au niveau international. Mais ce qui ce qui me fait le plus plaisir, c’est de recevoir des messages inattendus, de remerciements, d’un peu partout dans le monde, de personnes qui sont « fan » de l’un ou l’autre de mes jeux.
Comment qualifiez-vous votre lien avec Namur ?

J’aime beaucoup Namur, c’est une ville pleine de charme, qui garde une échelle humaine tout en ayant un rayonnement important. Je suis impressionné par les services communaux qui sont capables de nettoyer intégralement le centre-ville en une petite nuit, pendant les fêtes de Wallonie. Si les Namurois et ses visiteurs étaient un peu plus respectueux de leur ville, elle serait toujours nickel.